dimanche 13 juin 2010

Révisez vos Références culturelles… et politiques ! (2003-2010)




Cette nouvelle édition, revue et augmentée, vient de paraître chez Ellipses. Voici quelques précisions au sujet d’un travail auquel j’ai consacré près de 1500 heures…

Point de départ. Cet ouvrage s’inscrit dans le prolongement du Dictionnaire portatif. En collectant les mots indispensables au savoir du futur bachelier, j’ai cru devoir retenir certaines expressions dont le lecteur, même s’il en connaît les termes, n’en saisit pas pour autant le sens global. En voici un échantillon : éminence grise, opium du peuple, violon d’Ingres, état de grâce, écharpe d’Iris, enfant prodigue, bouc émissaire, coup de Jarnac, doute méthodique, cinquième colonne, mal du siècle, socialisme à visage humain, libre arbitre… Dans chaque cas, l’étudiant ne peut comprendre que s’il connaît le champ culturel – mythologique, religieux, littéraire, historique, politique, philosophique – d’où est issue l’expression, et auquel elle renvoie : il s’agit bien d’une référence culturelle.
Ces références sont d’autant plus délicates à dépister qu’elles prennent parfois la forme d’allusions que seuls les initiés peuvent reconnaître. En mai 2010, je lis par exemple ce titre de journal, au sujet de la Grèce en pleine crise économique : La cigale athénienne et la bise des marchés. Impossible de comprendre si l’on n’a pas en mémoire la Fable fameuse de La Fontaine: «La Cigale ayant chanté / Tout l’été / Se trouva fort dépourvue / Quand la bise fut venue, etc. ».
Par cette allusion, l’auteur fait des citoyens grecs des consommateurs insouciants que vient punir la froide réalité des marchés, - interprétation pour le moins tendancieuse, puisqu’elle innocente les spéculateurs de la finance internationale en assimilant leur prédation à un phénomène météorologique. Ainsi joue-t-on des références !

Première édition (2003). Lorsque les éditions Ellipses m’ont proposé d’écrire un ouvrage de culture s’inscrivant dans le sillage du Dictionnaire portatif, en 2002, j’ai sauté sur l’occasion qui m’était donnée de faire un vaste recensement de ces locutions-références (qui ne pouvaient pas trouver place dans mon « portatif »).
Ce qui compliquait la tâche, c’est qu’il existe divers degrés dans les formules, expressions, ou phrases méritant d’être retenues comme références, en fonction de leur usage ou de leur valeur propre, soit :
- de simples groupes de mots (cf. l’échantillon de locutions énumérées plus haut)
- des proverbes ou sentences proverbiales (Le mieux est l’ennemi du bien, Lâcher la proie pour l’ombre)
- des allusions à des formules connues (« Selon que vous serez puissant ou misérable… » ; On ne naît pas X, on le devient)
- de multiples citations enfin, jugées « incontournables » ou « devant être connues », selon la « culture » qu’on attend des candidats aux concours ou des « humanistes » de profession : pensées profondes, aphorismes étincelants, fleurs de poésies, mots historiques, phrases politiques plus ou moins mémorables...
Comment ne rien omettre ? Comment échapper à la stupeur d’avoir oublié telle ou telle maxime jugée essentielle à la survie de la République des Lettres ?
J’ai humblement exploré les domaines suivants : la mythologie gréco-romaine ; les locutions et proverbes latins ; les références judéo-chrétiennes ; les mots historiques ; les citations littéraires (deux chapitres, du Moyen Âge au XXe siècle) ; les sentences ou formules philosophiques, et aussi politiques… J’ai fait précéder ces investigations d’un grand test introductif, en cent questions regroupant les expressions-références les moins discutables. Et j’ai ajouté en fin d’ouvrage, un grand « fourre-tout » extensible à l’infini, pour me donner l’impression d’atteindre asymptotiquement l’inaccessible exhaustivité…
Avec 284 pages bien tassées, nourries de questions espiègles et d’explications minimales, le livre couvrait déjà plus de mille expressions !

L’édition présente (2010). Naturellement, ce type d’ouvrage – aussi apprécié soit-il – est par nature inachevé. Une fois le livre publié, je suis resté à l’affût de tout ce qui manquait, sans parler de ma honte d’avoir parfois laissé passer certaines erreurs. Dans l’ordre de la transmission culturelle, il est impossible de vérifier tout ce que l’on propage : il faut bien faire confiance à l’autorité de prédécesseurs fort qualifiés, et reprendre de bonne foi leurs propres erreurs, notamment en ce qui concerne l’exactitude et les sources précises des mots que l’on cite. Dans cette recherche, j’ai dû souvent recourir à « Internet » à mes risques et périls, compte tenu de l’incroyable approximation qui règne dans tous les relevés de citations (et de leurs sources) ; mais je n’en ai pas abusé. Pour peu que l’on ait suffisamment de prudence, et que l’on n’accepte de ne retenir que ce que l’on a « vu de nos yeux vu », on peut trouver parfois dans les failles ou contradictions d’Internet des indices utiles menant à la vérité… Le Net est de nos jours la plus précieuse des sources d’erreurs!
À côté de cette intraitable rigueur, qui m’a conduit à rectifier un bon nombre de confusions courantes, cette nouvelle édition s’enrichit de plus de 300 références, toutes répertoriées dans l’Index, avec renvoi aux pages où elles sont replacées dans leur contexte, aussi brièvement que possible. En particulier, dans un nouveau chapitre intitulé « La République des petites phrases », j’ai recensé la plupart des formules politiques des 30-40 dernières années, auxquelles souvent les médias font référence (et notamment Le Canard enchaîné). D’où l’ajout : « … et politiques ! », qui complète le titre originel du livre – lequel compte maintenant plus de 1500 références, et 384 pages.

Bon appétit à tous !


B.H.

3 commentaires:

Philippe a dit…

Merci pour votre ouvrage, c'est un trésor et offert à un prix si peu élevé que la lecture en plus qu'intéressante est plaisir.

BRUNO HONGRE : a dit…

Merci Philippe!
Il est toujours agréable et fortifiant de recevoir un avis positif, qui s'avère un appréciable "retour d'investissement" pour un ouvrage où l'on a investi quelques deux mille heures ou plus!
Dans une optique qui n'est pas seulement bassement commerciale, j'oserai répondre: si cet ouvrage vous paraît de salubrité culturelle publique, vu que vous ne le trouvez pas cher, n'hésitez pas à l'offrir!
amicalement à vous...

Steven Andry a dit…

Très intéressant dictionnaire merci !